les Philippines sous toutes les coutures

phJ’ai bien conscience que les Philippines ne sont malheureusement pas (et peut-être heureusement en fait) une destination phare du tourisme international. D’ailleurs, je connaissais peu de choses sur ce pays avant d’y habiter si ce n’est la triste réputation des trottoirs de Manille que chantait si bien Maxime Le Forestier.
En habitant là-bas quelques mois, j’ai eu l’impression d’être une privilégiée de pouvoir découvrir ce pays méconnu. Voici donc une grande introduction pour ceux qui veulent en savoir plus.

Histoire

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statue de Philippe II, roi d’Espagne (devant la cathédrale de Manille)

Pour commencer, disons que les Philippines sont un pays un peu à part en Asie. Cela est sûrement dû à l’histoire du pays, et à la religion. Les Philippines sont composées de plus de 7 000 îles à explorer et 100 millions d’habitants. Il faut savoir que les Philippines ont d’abord été colonisées par les Espagnols au XVIème siècle, les îles ont été « découvertes » par Magellan en 1521 (et il y mourut assassiné par des autochtones). L’archipel est alors nommé « Felipinas » du nom du fils de Charles Quint et héritier Philippe. Commence alors une grande christianisation du territoire. Techniquement, le pays est administré par un gouverneur espagnol mais sous les ordres du vice-roi du Mexique. Cette domination espagnole et mexicaine va durer trois siècles. Les Philippins tenteront bien de se révolter (notamment sous l’égide de leur héros national José Rizal fusillé en 1896) mais sans succès. Il faudra attendre 1898 pour que les choses changent. L’Espagne perd la guerre qui l’oppose aux Etats-Unis qui en profitent pour racheter les Philippines (pour $20 millions). Les Philippines seront d’ailleurs le seul pays colonisé par les Etats-Unis déclarant les habitants inaptes à gouverner par eux-mêmes. S’en suit une guérilla contre les Américains qui fit environ 200 000 morts côté philippin. Les Américains décident alors de « civiliser » le pays et de le moderniser en alphabétisant la population, en lui enseignant l’anglais à grande échelle et en construisant des infrastructures. En 1935, les Etats-Unis donnent une constitution démocratique au pays et organisent des élections afin de donner son indépendance à l’archipel. On se dit que les Philippins vont enfin devenir libres après plus de 400 ans d’occupation, et bien non! La Seconde Guerre mondiale éclate et ce sont les Japonnais qui envahissent le pays (de 1942 à 1945). Malgré l’occupation, le Japon accorde l’indépendance aux Philippines en 1943. Les Américains ne se laissent pas faire et reviennent à Manille, les combats vont détruire la ville (qui paraît-il était très jolie avant 1945). En 1946, les Philippins élisent le président Manuel Roxas, toujours sous le contrôle américain. Le pays tente de se relever pendant 20 ans. En 1965, Ferdinand Marcos arrive au pouvoir et va peu à peu instaurer un régime totalitaire (pourtant soutenu par les Etats-Unis), notamment en établissant la loi martiale pendant près de 10 ans, en massacrant ses opposants, et en s’enrichissant dès qu’il le pouvait. Il sera finalement renversé en 1986 après 20 ans au pouvoir sans partage ni démocratie. Depuis Marcos, le pays est plus ou moins stabilisé mais souffre encore de corruption.

Religion

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crédit: wikipedia

Les Philippines sont le 3ème plus grand pays catholique du monde…comme l’a prouvé la récente visite du Pape François à Manille avec une messe géante dans le parc Rizal devant 6 millions de fidèles sous une pluie battante (janvier 2015). La religion est omniprésente ici, on prie beaucoup et la journée du dimanche est consacrée à la messe et à l’église du quartier. C’est un aspect qui m’a un peu bousculée en tant qu’athée et issue d’une société laïque. Ici, la religion fait partie des gestes quotidiens, on prie au travail, avant et après le déjeuner, on remercie Dieu d’avoir rendu un dossier à temps, on lui rend grâce pour avoir remporté un nouveau marché…et pour tout et rien en fait. C’est une réelle force pour les Philippins qui affrontent tout avec le sourire puisque c’est Dieu qui a mis une épreuve sur leur chemin. Ainsi, on affronte les nombreux typhons avec un calme olympien (pendant que moi je panique naturellement), et si la maison s’effondre, on remercie Dieu quand même. Le revers de la médaille, je l’ai aussi constaté. Les Philippines n’autorisent pas le divorce, n’ont pas de système de contrôle des naissances, l’avortement y est interdit, ce qui a pour conséquence 500 000 avortements illégaux par an dans le fond des cours sombres. Les gens s’endettent sur plusieurs années pour les enterrements. Les Philippins sont tellement fervents qu’ils sont les seuls à exécuter de réelles crucifixions pendant la semaine sainte (les faux Jésus sont volontaires et sont arrachés à leur croix à la fin de la journée avant une mort certaine).

Cuisine

Aux Philippines, contrairement à la plupart des autres pays d’Asie, on ne mange pas avec des baguettes…même si le riz reste l’aliment national de base. On mange avec une fourchette et une cuiller à soupe…pas de couteau…autant vous dire que manger un morceau de viande relève du défi. On mange beaucoup, ou plutôt souvent, très souvent. Il faut compter 5 repas dans la journée…et donc pour la plupart du temps, 5 fois du riz tous les jours (autant vous dire que le riz à l’eau, j’en ai mangé assez pour toute une vie!). Le matin il y a le petit-déjeuner, puis un « snack » vers 10h, puis le repas de midi, puis la « merienda » dans l’après-midi et enfin le repas du soir. Comme je travaillais dans un quartier plutôt pauvre, le choix des plats était assez limité donc c’était souvent du poisson grillé avec du riz, ou un peu de viande avec du riz, ou du tofu avec du riz. Les Philippins vivent dans la rue, il y a donc des milliers de stands de nourriture cuisinée sur le trottoir et les rues de Manille sentent milles parfums.

balut

crédit: wikipedia

Voici deux spécialités locales que les Philippins mangent régulièrement et qu’on trouve à chaque coin de rue…et qui m’ont totalement rebutée pour être honnête. Commençons par ce qu’il y a de pire dans la cuisine philippine: le balut.
Oui, vous le voyez bien sur la photo, il s’agit d’un oeuf cuit à la vapeur…jusqu’ici tout va bien…sauf que l’œuf contient un fœtus au développement très avancé. Vous croquez donc littéralement le poussin avec ses pattes, son bec, ses ailes (parfois même du duvet). Pour nous occidentaux, c’est tout à fait repoussant et j’avoue n’avoir jamais pu accompagner mes amis philippins dans la dégustation. Ils en mangent presque quotidiennement aux stands des marchands ambulants.

Le dessert préféré des Philippin est le halo-halo. DSCN6776J’en ai parlé sur la page consacrée à l’île de Palawan, là où j’ai dû en manger pour la première (et dernière) fois…après avoir réussi à m’y soustraire pendant plusieurs mois. C’est un mélange assez bizarre avec du lait concentré, de la glace pilée, des morceaux de jelly, des boules de tapioca, de la banane mais aussi des haricots, de la patate douce ou encore du maïs…le tout sous une boule de glace. Il y a quelques variantes selon les produits disponibles. Pour être honnête, les Philippins n’ont jamais compris pourquoi ce dessert me rebutait tant, et lorsque je n’ai plus eu d’autre choix que d’en manger, j’ai été assez polie pour faire semblant d’aimer ça…je crois qu’un dégoût de ma part aurait été pris comme une offense nationale.

adobo

crédit : dinedelish.com

Et pour finir, laissez-moi vous présenter le plat national: l’adobo. La plupart du temps, il s’agit de poulet mariné dans du vinaigre…et c’est très bon. Il faudrait d’ailleurs que j’essaie d’en cuisiner un jour pour me rappeler les saveurs pinoys. J’ai trouvé une recette sur marmiton.org alors je la partage car c’est un plat qui mérite d’être goûté!

Ingrédients (pour 6 personnes) :
– 6 gousses d’ail écrasées
– 25 cl de vinaigre de canne ou de cidre
– 40 cl de bouillon de volaille
– 1 feuille de laurier
– 1 cuillère à café de grains de coriandre
– 1 cuillère à café de grains de poivre
– 1 cuillère à café de graine d’anatto ou à défaut 1 cuillère à soupe de paprika additionné d’1/2 cuillère à café de curcuma
– 3 cuillères à soupe de sauce soja
– 1,5 kg de morceaux de poulet (cuisses, ailes…)
– 2 cuillères à soupe d’huile neutre

Préparation de la recette :

Dans un saladier, mélanger l’anetto (ou le paprika et le curcuma), le vinaigre, le bouillon, la feuille de laurier, les graines de coriandre, les grains de poivre, l’ail et la sauce de soja. Ajouter les morceaux de poulet et laisser mariner 2 h au frigo. Transférer le mélange dans une grande sauteuse et porter à ébullition. Réduire le feu, couvrir et laisser mijoter 30 min. Ôter le couvercle et poursuivre la cuisson 10 min, jusqu’à ce que le poulet soit tendre; ôter le poulet de la sauteuse et réserver. Porter le liquide à ébullition et laisser cuire 10 min a feu vif jusqu’à réduction de moitié. Faire chauffer l’huile dans un wok, ou une poêle, ajouter le poulet et laisser cuire 5 min à feu moyen. Verser le liquide réduit sur le poulet, et servir avec du riz.

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