L’île de Sanday: Sea, Selkies and Sun

île de Sanday, archipel des Orcades, Ecosse

J’ai eu plusieurs moments « bouts du monde » lors de mon séjour aux Orcades mais peut-être plus particulièrement sur l’île de Sanday. Située au nord de l’archipel, la localisation de l’île en fait déjà géographiquement un petit bout du monde. Si mon excursion sur l’île de Hoy avait été mûrement réfléchie en amont du voyage, ma journée sur Sanday fut complètement improvisée à notre arrivée dans les Orcades. Il aura suffit d’une photo de phare dans une brochure à l’office du tourisme pour nous donner envie d’y aller.

La traversée vers Sanday s’effectue au départ de Kirkwall. Le ferry est un peu plus gros que celui pour Hoy et peut transporter une poignée de voitures. Le soleil est du voyage alors nous décidons de passer la traversée sur le pont. Encore une fois, nous sommes à peine sortis du port de Kirkwall qu’un passager avec son labrador noir entame un brin de causette avec nous. Le contact est tellement facile dans les Orcades que c’est presque déroutant. George, père de famille anglais, a ses habitudes sur l’île de Sanday. Il y vient tous les étés avec ses deux enfants Alfred et Lily, c’est leur petit coin de paradis. Ses enfants sont d’ailleurs surexcités sur le pont et guettent le moindre bout de terre au loin synonyme de vacances. Ce qu’ils ne savent pas encore, c’est que leur père leur fait la surprise d’avoir acheté une maison sur Sanday, il nous montre les photos discrètement. George s’assure que nous sommes bien préparées pour notre journée: de bonnes chaussures (check!), une parka pour la pluie (check!), un pique-nique (check!), une réservation de taxi (check!). En effet, sur Sanday il n’y a ni transport en commun, ni café ou supérette et peu de réseau téléphonique. Y habiter relève un peu du défi, mais nous devrions survivre à une journée.

Le van communautaire nous attend bien sur le quai. Nous ne sommes que sept passagers, mais les quatre autres vont faire un tour organisé de l’île avec le chauffeur une fois que nous aurons déposé une îlienne chez elle. Nous, nous voulons juste voir le phare et une plage, marcher un peu, et surtout être à notre rythme, aller où notre regard nous dira d’aller. Nous roulons à travers Sanday, platte, sans arbre, seulement quelques maisons ponctuent ici et là le paysage. Le van s’arrête, le chemin ne va pas plus loin, il y a des risques d’érosion. Nous laissons le van derrière nous, objectif le phare de Start Point tout au nord de l’île.

chemin Start point Sanday

Le phare est situé sur une presqu’île, coupée de l’île à l’heure où nous y sommes. Tant pis pour nous, nous le verrons de loin. Il est pourtant original ce phare avec ses rayures verticales blanches et noires comme si il avait enfilé un pull.

Nous regardons l’horizon et le bruit des vagues nous apaise. Au loin il n’y a rien, la Norvège en face est à des centaines de kilomètres. Brusquement, un bruit inconnu brise notre quiétude. « C’était quoi ça? ». Nous guettons le moindre mouvement inhabituel autour de nous. Et soudain, nous identifions la source du bruit. Dans ce petit bras de mer entre le phare et nous, deux yeux nous observent. Le plus doucement possible, nous nous asseyons sur les galets, intimidées par cette créature devant nous. Peut-être est-elle aussi intimidée que nous car elle ne bouge pas et ne tente aucune approche. A quelques mètres, une deuxième tête sort de l’eau, toute aussi stoïque. Je suis comme une enfant face à une licorne, je suis tout simplement émerveillée. C’est la première fois que je vois des phoques. Je sais que cela n’a rien d’exceptionnel sous ces latitudes, mais cette rencontre est unique pour moi. Et puis, comme si la rumeur de notre présence se répandait sous l’eau, d’autres têtes apparaissent ici et là, jusqu’à six phoques en même temps. Ils ne s’aventurent pas vers nous mais nous observent impassibles.

Les phoques font partie du folklore orcadien. Ici on les appelle les selkies (littéralement « le peuple des phoques »).

Il y existe plusieurs légendes à propos des selkies dans l’archipel. La légende la plus répandue raconte que les selkies mâles se transforment en hommes séduisants une fois sur terre pour attirer des femmes insatisfaites, célibataires ou malheureuses dans leur mariage. Il leur suffit de sortir de l’eau, d’enlever leur peau de phoque et de la cacher pour prendre forme humaine. Si une femme cherche un homme-selkie, il lui faut aller sur le rivage et verser sept larmes dans la mer. Un phoque viendra alors à elle, se transformera en homme et ils pourront consommer leur liaison. Dans le sens inverse, la légende est moins romantique. Elle raconte, sur le même principe, qu’une femme-selkie a séduit un homme mais qu’il lui a volé et caché sa peau de phoque. Condamnée à rester à terre, elle fut forcée d’épouser l’homme devenant ainsi sa prisonnière. On dit que les légendes des selkies servaient à expliquer la disparition des Orcadiennes qui quittaient leur île et conjoint pour les beaux yeux d’un pêcheur de passage.

Nous nous relevons sans quitter des yeux la surface de l’eau. Des têtes continuent de surgir tour à tour, mais nous longeons le chemin des dunes direction la plage attenante. La baie de Scuthvie est enchanteresse, la plage d’un sable blanc immaculé, l’eau turquoise digne des Tropiques. Le silence face aux phoques fait place à une euphorie envahissante. Très vite, nous ôtons nos chaussures, nos manteaux, nos sacs et dévalons les dunes pieds nus en riant. Avec ma meilleure amie, nous nous connaissons depuis que nous avons 3 ans et cet instant simple sur la plage me rappelle la spontanéité qu’on pouvait avoir quand nous étions enfants, le bonheur immédiat de courir sur une plage, de sentir les grains de sable entre les orteils et de laisser les vagues caresser nos bouts de pieds.

Nous sommes seules. Véritablement seules. Cela accentue je crois notre sentiment d’euphorie. Nous n’aurions sûrement pas osé courir ainsi sans ce sentiment de liberté. Ce ne devait être que notre spot pour le pique-nique mais nous allons rester plusieurs heures sur cette plage du bout du monde, parfois juste à s’échanger un regard et se dire « wahou ».

Nous décidons de remonter la plage sur toute sa longueur pour trouver un chemin à travers les dunes et explorer un peu les environs. La plage est immense, il nous faudra plus de 20 min pour en voir le bout. Un selkie nous accompagne, il avance avec nous le long de la plage, sort la tête de l’eau régulièrement pour s’assurer que nous ne l’avons pas trop devancé. Et puis il disparaît une fois que nous sommes arrivées au bout de la plage. Il n’y a aucun chemin en vue et nous finissons par revenir sur nos pas jusqu’à notre point de départ. L’essentiel est de ne pas trop s’éloigner de la route principale de l’île car le chauffeur du van nous récupérera plus tard le long de cette route (on ne s’est pas donné de point de RDV, « je vous trouverai en fin de journée quelque part sur la route »). A dire vrai, la route principale est si déserte que nous marchons allègrement en plein milieu et n’est pas toujours assez large pour que deux véhicules se croisent.

Le ciel se couvre soudainement alors que nous quittons les dunes…comme si le soleil n’appartenait qu’à cette plage et que ces conditions parfaites ne nous avaient été offertes que pour ce moment à cet endroit. De retour sur le bitume, nous ne trouvons que des champs et quelques fermes. Nous faisons connaissance avec les vaches locales qui nous suivent le long de la route, comme le phoque le long de la plage tout à l’heure. Décidément, nous sommes populaires. Puis nous trouvons une autre plage au bord de la baie de Lopness. L’ambiance est tellement différente de la première que j’ai l’impression d’être sur une autre île.

vaches Sanday
mailbox Sanday
Sanday plage bay of lopness
bay of Lopness Sanday

Nous croisons peu de voitures, mais on nous proposera quand même de nous emmener à l’abri. La pluie a en effet commencé à s’abattre. Nous nous arrêtons près d’une maison insolite, gardée par C3PO et R2D2, et comme promis, le van communautaire ne tarde pas à nous trouver. Nous retrouvons les touristes du matin, faisons une halte à l’heritage centre pour découvrir une exposition sur la faune locale, avant de rejoindre le quai du ferry, toujours sous la pluie. Hors de question de faire la traversée du retour sur le pont, nous nous réjouissons de trouver des banquettes et du chauffage dans le salon principal. Je ne sais si c’est dû aux émotions de la journée, au grand air ou aux vagues qui nous bercent, mais nous passerons une grande partie de la traversée à dormir! Comme si il fallait passer par cet état de flottement pour se réveiller dans la réalité après une journée dans un coin de paradis secret.

C3PO R2D2 Sanday

*merci M pour l’idée du titre

5 réflexions sur “L’île de Sanday: Sea, Selkies and Sun

    • ah oui je suis sûre que ça te plairait! Bon, il fait moins chaud qu’en Australie mais on a quand même trempé les pieds! Et les Ecossais se baignent là-bas avec des combinaisons 🙂

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