Ce que vous ignorez sur Poitiers

Ca fait tellement longtemps que je me dis qu’il faut que je parle de ma ville sur le blog. Toute ma vie on m’a regardée avec un peu de pitié dans les yeux quand je disais venir de Poitiers, une petite ville de province jugée sans intérêt par mes interlocuteurs. Il faut dire que le Futuroscope tout proche lui vole la vedette et que trop peu de visiteurs du parc poussent leur visite jusqu’au centre-ville. Et c’est bien dommage. Ici et là, je clame que Poitiers vaut le coup d’être visitée. Et lorsque j’ai vu le thème du mois pour En France Aussi, « les villes mal-aimées » (merci pour le thème Le Petit Explorateur), je me suis dit qu’il était temps que je vous raconte ma ville, mais un peu différemment. Voici 10 choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Poitiers!

Poitiers, capitale du royaume de France

C’est un épisode oublié de l’Histoire de France, mais Poitiers fut un temps capitale au XVe siècle. Le roi Charles VI est dans l’incapacité de gouverner dû à ses crises de démence. La régence est disputée par son fils le dauphin Charles VII et le duc de Bourgogne. Paris étant occupée par les Bourguignons, Charles VII quitte la ville en 1418. Etant comte de Poitiers, c’est ici qu’il établit le Parlement, faisant de Poitiers sa nouvelle capitale (une partie du pouvoir est aussi établie à Bourges). Le roi Charles VI meurt en 1428, Charles VII se proclame roi de France mais la succession est toujours disputée par les Bourguignons avec la participation des Anglais…

place Charles VII

Jeanne d’Arc interrogée

…l’histoire ne s’arrête pas là. Un an plus tard, Jeanne d’Arc se présente devant le roi Charles VII à Chinon investie de sa mission divine. Le Parlement étant toujours à Poitiers, on y envoie Jeanne pour être interrogée par les théologiens et pour être examinée afin de confirmer sa virginité. On connaît la suite de l’histoire, Jeanna dirige l’armée et bat les Anglais à Orléans. En juillet 1429, elle accompagne Charles VII à Reims pour son couronnement. Mais Paris ne redeviendra capitale qu’en 1436.

la plaque de commémoration rue de la cathédrale
le square Jeanne d’Arc derrière le palais des Ducs d’Aquitaine

Poitiers, capitale de la Belgique

…pendant 26 jours! Pendant la Seconde Guerre mondiale, à la suite de l’offensive allemande en Belgique, le gouvernement d’Hubert Pierlot cherche asile en France et s’installe à Poitiers le 23 mai 1940. Mais le 17 juin, la France demande l’armistice, forçant le gouvernement belge à déménager une nouvelle fois dès le 18 juin 1940 (Poitiers était en zone occupée). Dix ans plus tard, les policiers belges ont voulu rendre hommage à la ville de Poitiers en lui donnant une réplique officielle du fameux Manneken-Pis bruxellois. On peut toujours voir la statue dans le commissariat.

Manneken-Pis au commissariat

Aliénor, notre héroïne

Au XIIe siècle, Poitiers était une ville de plus grande importance que Bordeaux. Elle était la capitale des comtes du Poitou et des ducs d’Aquitaine, le plus grand duché d’Europe. Aliénor d’Aquitaine était donc attachée à sa capitale. Sa cour siégeait souvent dans son palais à Poitiers et elle fit construire les remparts encore visibles aujourd’hui (notamment au parc de Blossac). Aliénor était une femme exceptionnelle qui ne se laissait pas dicter son destin. Elle fut d’abord mariée au roi Louis VII, avec lequel elle n’aura « que » deux filles. Elle ira néanmoins en croisade jusqu’à Jérusalem, une révolution pour une femme à l’époque. Le mariage avec Louis VII n’est pas heureux, ils sont trop différents et l’union fut cassée au bout de 15 ans. Deux mois plus tard, Aliénor se remarie avec Henri Plantagenêt (duc de Normandie et comte d’Anjou, de 10 ans son cadet) à Poitiers où ils firent construire une cathédrale. Deux ans plus tard en 1154, ils montent sur le trône d’Angleterre. Cas unique dans l’Histoire, Aliénor fut donc reine de France puis reine d’Angleterre. Elle mourut autour de 80 ans, probablement à Poitiers, une longévité exceptionnelle pour l’époque. Ses fils Richard Coeur de Lion et Jean Sans Terre ont régné sur l’Angleterre.

le vitrail de la cathédrale de Poitiers représentant Aliénor d’Aquitaine et Henri II livrant la cathédrale
la cathédrale de Poitiers
La grande salle du palais des comtes de Poitiers et des ducs d’Aquitaine

La bête de Poitiers

Poitiers abrite les tombeaux de deux saints: saint Hilaire et sainte Radegonde. Cette dernière était reine des Francs au VIe siècle (épouse de Clotaire, fils de Clovis). Elle fonda l’abbaye Sainte-Croix. La légende dit qu’un dragon, la Grand’ Goule, vivait dans les eaux du Clain, la rivière attenant à l’abbaye. La bête s’insinuait dans les caves de l’abbaye, dévorant les religieuses sur son passage. Radegonde, armée d’une croix et d’eau bénite terrassa le dragon avec une prière destructrice, encore plus forte que St George! Elle est ainsi devenue la sainte patronne de Poitiers et la Grand’ Goule un des emblèmes de la ville.

L’autre bataille de Poitiers

Si à l’école on apprend qu’en 732, Charles Martel a vaincu l’armée d’Abd Al Rahman à Poitiers, la bataille a en fait eu lieu à 25 km de là. En revanche, on oublie de nous enseigner une autre bataille de Poitiers, celle de 1356, et pour cause, les Français ont perdu cette bataille contre les Anglais. En pleine guerre de Cent Ans, cette bataille a son importance. Malgré un effectif militaire deux fois moins important que les Français, l’armée anglaise du prince de Galles Edouard de Woodstock (le fameux Prince Noir) réussit à capturer le roi Jean le Bon et son fils Philippe le Hardi en périphérie de Poitiers à Nouaillé-Maupertuis. Prisonnier à Bordeaux puis à Londres, le roi reste libre de ses mouvements et a même sa cour à ses côtes. Néanmoins, la France est obligée de s’endetter pour payer la rançon astronomique réclamée par les Anglais. Pour se sortir de cette crise financière, il faudra même créer une monnaie: le franc!

Nouaillé-Maupertuis
le champ de bataille

Les Poitevins ne sont pas ceux que vous croyez

Voilà une question qui fait débat à Poitiers. Comment s’appellent les habitants de la ville? Si dans toute la France, on nous appelle les Poitevins, ici nous faisons une distinction. Le gentilé désigne en réalité les habitants du Poitou. Si on veut être précis, les habitants de Poitiers doivent être appelés les Pictaves (adjectif: pictavien/ pictavienne). Ainsi, si vous visitez la ville, vous verrez plusieurs enseignes utilisant ce gentilé. Le nom vient de Pictavia, ville du peuple celte des Pictons.

la guinguette pictave à l’îlot Tison

La pierre qui pue

Cette pierre provient d’un sarcophage chrétien trouvé dans la nécropole de la basilique Saint-Hilaire-Le-Grand à Poitiers. Le sarcophage date du Ve siècle. Ce fragment fut taillé dans un bloc de calcaire fétide, il dégageait des odeurs de souffre…et c’est ainsi qu’on lui donna son surnom au XIXe siècle. La pierre qui pue est exposée désormais au musée Sainte-Croix.

la pierre qui pue

« Vive la liberté »

Sur la place de la Liberté à Poitiers, on peut trouver une réplique de la fameuse statue de New York. Aucun lien avec les Etats-unis pour autant. Avant de s’appeler place de la Liberté, c’était la place du pilori où on exécutait les criminels du coin. C’est donc ici que fut exécuté le général Berton en 1822 (accusé de conspiration) après avoir crié « vive la liberté ». Son souvenir a perduré parmi les francs-maçons et en 1903 ils firent ériger une statue de la Liberté pour lui rendre hommage.

la place de la Liberté

Poitiers fait de la résistance

Depuis 2013, des étranges messages sont apparus sur les murs du faubourg du Pont-Neuf. Si ces messages peuvent faire sourire, il s’agit en fait d’une oeuvre de l’artiste suisse Christian Robert-Tissot en hommage aux résistants de la Seconde Guerre mondiale. Ces messages codés servaient à communiquer sur les ondes de la BBC dans l’émission « Les Français parlent aux Français ».

23 réflexions sur “Ce que vous ignorez sur Poitiers

  1. Ah merci! Je n’avais pas entendu parler de l’histoire derrière la Grand’Goule, et encore moins de la pierre qui pue!
    Les nobiliens te savent gré de faire connaître l’histoire et le village 😉
    Et merci de partager ici, même brièvement, tes connaissances sur Aliénor d’Aquitaine, personnage si inspirant.

    • Hehehe alors si j’apprends des trucs à des Poitevins/Pictaviens, je suis ravie! Je me suis toujours demandé si la Grand’Goule n’allait pas surgir dans les caves de la discothèque éponyme quand j’y allais. Big up aux Nobiliens! 😉

  2. j’adore les œuvres en hommage à la seconde guerre mondiale, super idée! Mais encore une fois, je pense que Poitiers aurait meilleure presse si l’office du tourisme se bougeait! Du coup je suis passée à côté de ces œuvres sans savoir ce que c’était pffffffffff

    • Tu les avais remarquées pendant ton séjour? Elles sont sur une rue très passante mais de l’autre côté du Clain. C’est vrai qu’il y a plein de choses à voir dans la ville qui ne sont pas forcément mises en valeur c’est dommage 😦

  3. Je suis passée il y a pas mal d’années à Poitiers, mais trop rapidement, je n’ai vu que quelques rues du centre-ville. J’avais trouvé la ville agréable en tout cas. Merci pour toutes ces anecdotes, c’est fou tout de même la quantité de personnages historiques qui y sont rattachés. J’ai bien rigolé avec la pierre qui pue ! 😀

  4. Ohh quel bel article sur Poitiers, notre chère Ville regorge , en effet, d’Histoires passionnnantes! Aliénor… Ste Radegonde…Jeanne d’Arc…
    Sacrées bonnes femmes exceptionnelles et innovantes !
    Et Merci pour les illustrations photos !
    Vous avez peut -être oublié volontairement notre premier monument de pierres, le Dolmen, vestige de temps plus anciens encore ?
    Merci beaucoup Émilie , ça fait 40 ans que J’arpente, plus ou moins intensément , Poitiers… Et grâce à votre article, j’en apprends encore ! N’est-ce pas formidable ?!
    Je vais aller sentir cette fameuse Pierre qui pue !
    Belle journée !
    Dominique V

    • Merci beaucoup pour ce gentil commentaire. Pour tout dire, j’ai hésité à inclure le dolmen, tout comme le baptistère st Jean, et finalement non…mais j’en parlerai dans un autre article un peu plus touristique prochainement

  5. Super article mais tu as oublié de mentionner le baptistère St Jean, bâtiment unique en Europe, Notre Dame La Grande avec ses magnifiques orgues, la salles des Pas-Perdus avec ses superbes 3 cheminées dans le Palais des Comtes de Poitiers (ancien palais ducal d’Aquitaine) d’une taille impressionnante de 50 x 17 mètres…

    • Merci pour votre commentaire…ce n’est pas un oubli de ma part, j’ai juste choisi de parler d’anecdotes ou d’endroits moins connus que ces bâtiments effectivement incontournables de Poitiers…qui feront sûrement l’objet d’un futur article sur les lieux à visiter de la ville 🙂

  6. Un petit mot sur la troisième bataille de Poitiers la prochaine fois ? Je veux parler de Vouillé 507 Clovis / Allaric: ainsi naquit la France… Merci pour cet excellent article.

    • merci à vous de l’avoir lu! Il est vrai que dans cet article j’ai plutôt privilégié les anecdotes sur Poitiers ou ses abords immédiats comme Nouaillé…mais qui sait, Vouillé pour un prochain article! D’ailleurs je n’y suis jamais allée (même si je connais la bataille), savez-vous si le champ de bataille est visible?

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