Pompéi l’éternelle

Pompéi est un de ces endroits mythiques que l’on rêve de visiter dès qu’on apprend son existence quand on est enfant. Le destin funeste de cette cité attire près de 4 millions de visiteurs par an. Cette ville figée dans le temps était aussi figée dans mon imaginaire à cause des nombreux thèmes et versions des textes de Pline le Jeune travaillés dans mes cours de latin au collège et des photos défraîchies de mes livres d’italien au lycée. De Pompéi, j’ai appris que la vie s’est arrêtée en l’an 79 lorsque le Vésuve est entré en éruption. J’avais en tête des bribes de documentaires, des murs écroulés et des corps recroquevillés. J’avais imaginé une visite un peu lugubre sur le lieu d’une catastrophe si meurtrière, et c’est en fait la vie et la modernité qui m’ont frappée.

Un peu d’Histoire

Depuis mon arrivée à Naples, je garde les yeux sur le Vésuve, ce cône fascinant et omniprésent qui semble surveiller la ville et complète le paysage de carte postale. Pourtant à Pompéi il me donne une toute autre impression. Évidemment ici, il ne fait que rappeler sa menace. Pompéi est une ville située à une vingtaine de kilomètres de Naples au bord de la baie. Le 24 octobre 79 à 13h, le Vésuve entre en éruption et une pluie discontinue de lapilli (pierres ponce) s’abat sur la ville pendant 18h. Au petit matin, Pompéi est déjà recouverte par 5 mètres de lapilli lorsque le panache volcanique s’effondre et que les coulées pyroclastiques (nuées ardentes de gaz et blocs de pierre) descendent le flanc du volcan et font disparaître la ville presque entièrement. Les habitants qui n’avaient pas été tués par la pluie de débris ou par l’effondrement des bâtiments meurent asphyxiés.

Pompéi tombe ensuite dans l’oubli pendant presque 1700 ans. Ensevelie sous plus de six mètres de couches de gravier volcanique, elle est protégée des pillages et du temps qui passe. Les fouilles de la cité ne commencent qu’en 1748. C’est le début de l’archéologie et Pompéi est le site le plus important que l’on fouille à l’époque. Les vestiges mis au jour vont alors décorer le palais du roi de Naples. Au XIXe siècle il y a un véritable engouement pour le site archéologique. La ligne de train entre Naples et Pompéi est inaugurée en 1840 facilitant les visites. La bonne société européenne se presse sur les ruines de Pompéi. En 1860, on nomme enfin un véritable archéologue, Giuseppe Fiorelli, à la tête des fouilles et les excavations deviennent plus organisées et la ville est fouillée plus méthodiquement en la divisant en plusieurs régions d’exploration. Fiorelli crée des moulages des corps en incérant du ciment dans les espaces vides laissés dans les couches de pierre ponce et de cendres. Ce ne sont donc pas des « momies » que l’on voit aujourd’hui mais bien des moulages d’empreintes corporelles.

Vide mais vivante

C’est par une chaude journée d’octobre que je découvre enfin de mes propres yeux la ville de Pompéi, alors que la crise sanitaire nous donne encore un peu de répit. Hors vacances scolaires et avec le contexte sanitaire, le site est déserté par les touristes internationaux. J’ai donc le privilège de visiter Pompéi presque vide. Ma première surprise fut de découvrir l’étendue du site, puisqu’il nous aura fallu près de 6 heures pour en faire le tour (et encore, certains coins de la ville étaient fermés). Je pensais passer une demi-journée là-bas, voir quelques ruines, mais en réalité je ne m’attendais pas à voir une ville entière, chacune de ses rues, chacune de ses maisons, de ses boutiques, de ses théâtres et même son amphithéâtre. Oh non, je n’étais pas prête pour Pompéi. La visite commence par des thermes dont les murs sont couverts de scènes érotiques très claires. Les habitants de Pompéi prennent soudain vie dans mon esprit! L’audio-guide est bien fait, même si on s’est perdu plus d’une fois dans les zones et les numéros d’explication, mais il a l’avantage de bien expliquer et surtout de restituer aussi l’ambiance de la ville et les sons. Alors, la ville s’anime, il est plus facile d’imaginer le quotidien des habitants en passant de maison en maison.

les thermes suburbains

Si Pompéi demeure une ville figée dans le temps, je n’avais pas imaginé qu’elle était bien vivante quelques minutes avant la catastrophe. Elle avait subi un tremblement de terre 15 ans plus tôt et les travaux de reconstruction allaient bon train à l’époque de l’éruption. Certains bâtiments étaient donc toujours en construction. La ville était également en pleine période de campagne électorale et beaucoup de slogans électoraux étaient peints dans les rues.

Le cœur de la ville, le forum, se trouve non loin de l’entrée du site côté Porte marine. C’est ici que les habitants de Pompéi se retrouvaient et c’est aussi ici qu’on trouve aujourd’hui le plus de touristes. Autour de cette grande place de 142 m de long, on trouve plusieurs temples mais aussi l’entrepôt de céréales (où on trouve désormais le matériel archéologique). Au sud du forum, on trouve un des bâtiments les plus impressionnants de la ville, la basilique. Ce n’était pas un édifice religieux mais le lieu d’administration de la justice et des débats.

Mais c’est en m’éloignant du forum que j’ai vraiment découvert Pompéi et sa vie quotidienne. J’ai surtout découvert que nous vivons encore beaucoup de la même manière qu’au Ier siècle. La première chose banale qu’on remarque rapidement, c’est qu’il y avait déjà des trottoirs et des passages piétons dans les rues. Il y a en effet un peu partout des grosses pierres pour traverser les rues et qui permettent de pouvoir laisser passer les chariots. On n’a rien inventé.

J’ai trouvé que nos maisons ressemblaient encore beaucoup à celles de l’époque avec leurs toits en tuiles (même si nos toilettes ne se trouvent heureusement plus dans nos cuisines), même les tuyaux de plomberie étaient déjà là. De plus, j’ai découvert l’existence des thermopoliums, ces établissements de restauration rapide. Oui, au Ier siècle, on allait déjà chercher des plats à emporter pour manger tranquillement chez soi. On choisissait son plat au comptoir dans les différentes amphores insérées qui tenaient la nourriture au chaud. Décidément, nous n’avons vraiment rien inventé.

le thermopolium du laraire

A l’autre bout de la ville se trouve l’amphithéâtre. Il pouvait contenir 20 000 spectateurs et est encore très bien conservé. Le monde contemporain fait alors irruption dans mon champ de vision avec une affiche de Pink Floyd à l’entrée. Le groupe anglais avait filmé un concert sans public dans l’amphithéâtre en 1971, quel écrin exceptionnel pour un concert! Je constate d’ailleurs que nos stades d’aujourd’hui sont toujours construits et organisés de la même manière qu’ici, avec les places les plus chères près de la fosse des gladiateurs et les places les moins chères tout en haut. On accède aux gradins par plusieurs portes et couloirs selon sa section pour une circulation fluide et une évacuation rapide. On tendait même des toiles au-dessus des spectateurs pour les préserver de la pluie ou du soleil.

Et puis j’ai remarqué une habitude un peu surprenante de nos jours, on trouve des phallus un peu partout dans la ville. Ce n’est pas un signe de débauche particulière des habitants mais les représentations de phallus servaient surtout à éloigner le mauvais œil. On les trouve souvent devant les magasins, mais aussi dans les maisons comme un signe de fertilité.

Des ruines d’une grande richesse

Bien entendu quand on vient à Pompéi, par définition on sait qu’on va visiter des ruines. Mais là où je pensais trouver des bouts de murs, des restes de maisons uniformes, j’ai trouvé des logements finement décorés, des magasins, des thermes, des lieux de divertissement, des théâtres, amphithéâtre, des restaurants et des bâtiments administratifs.

Certaines maisons sont mieux conservées que d’autres, on peut parfois même accéder à l’étage ou voir le toit de tuiles. On remarque tout de suite que certaines maisons devaient appartenir à de riches familles, non seulement grâce à la taille de la maison, mais aussi grâce aux décorations murales, aux colonnes, aux jardins.

la maison des petits amours dorés

la maison du faune

la maison de Marco Lucrezio via stabiana

la maison de Giulia Felice

J’ai été frappée par la richesse des sols dans beaucoup de maisons, par la complexité des mosaïques mais aussi par leur modernité. Les formes géométriques qui décoraient les maisons au Ier siècle à Pompéi se retrouvent aujourd’hui largement sur les sols de nos cuisines ou nos salons. Je me répète mais on n’a vraiment rien inventé.

Au Ier siècle, il n’y avait certes pas de papier peint, mais on habillait les murs de la même façon. On peignait les murs en imitant le revêtement en marbre, on peignait des colonnes et des scènes mythologiques, et puis on peignait aussi la vie quotidienne et même les portraits des propriétaires des lieux. J’ai été particulièrement émue de découvrir les portraits en médaillon des habitants d’une des maisons, mettre un visage sur les véritables occupants, cela rend la vie de Pompéi tellement réelle tout à coup. Et puis en m’approchant d’un mur, j’ai observé en détails une petite peinture sans importance, en essayant de deviner de quel animal il s’agissait, et j’ai remarqué qu’on pouvait encore voir clairement les coups de pinceau donnés il y a presque 2000 ans. Ca m’a vraiment touchée. Je me suis dit que le peintre n’avait certainement pas envisagé que quelqu’un observerait encore son œuvre si longtemps après.

De nouvelles découvertes

On ignore encore beaucoup de choses sur Pompéi. Certains mystères ne seront jamais résolus. Lors des dernières fouilles (depuis 2018), on a découvert que la date de l’éruption du Vésuve n’est pas celle que l’on croyait. Grâce à une interprétation du texte de Pline Le Jeune, la date avait été déterminée au 24 août 79. Cependant avec les dernières excavations, on a découvert que les habitants portaient des vêtements relativement chauds, que les vendanges venaient d’être effectuées et une inscription électorale sur un mur postérieure au mois d’août qui atteste que l’éruption a bien eu lieu après l’été, le 24 octobre 79. On se trompait donc depuis des siècles. Il resterait encore 30% de la ville ensevelis sous les lapillis, et donc encore bien des mystères à découvrir.

fresque représentant le mythe de Léda et Jupiter transformé en cygne, une des dernières découvertes des fouilles (2018)

CARNET PRATIQUE

  • pour se rendre à Pompéi, prendre le train Circumvesuviana de la gare Naples Garibaldi direction Sorrento: arrêt Pompei Scavi. L’accès au quai est bien indiqué dans la gare. Comptez 35 min de trajet pour 3,90€ l’aller
  • ticket d’entrée pour le site de Pompéi: 16€
  • ouvert de 9h à 18h d’avril à octobre, de 9h à 15h30 de novembre à mars
  • audioguide indispensable (très peu de panneaux explicatifs dans la ville): 8€
  • prévoir au moins une demi-journée de visite et de bonnes chaussures à cause des pavés
  • il existe un petit café pour se restaurer à côté du forum

7 réflexions sur “Pompéi l’éternelle

  1. Merci globe trotteuse! Une belle découverte pour tout le monde, un instantané du passé, d’il y a 2000 ans où se côtoient le quotidien et le drame. A voir absolument et à revoir! Merci Merci Merci!

  2. Oh là là, tant de souvenirs ! Je n’ai malheureusement plus les photos (peut-être que si… quelque part ?) de mon voyage en 2007. J’avais adoré la visite. C’est tellement fascinant.
    J’avais même pleuré devant les corps statufiés. Et pareil que toi, j’avais en tête les nombreux reportages que j’avais regardé, et les livres qui en parlaient !

    Merci de m’avoir refait voyager. ♥ xx

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